Texte d'Alain Brossat contre les blocages

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Texte d'Alain Brossat contre les blocages

Message  Admin le Lun 3 Déc - 22:21

- Le genre de mouvement auquel nous avons actuellement affaire,
sur l'Université en général et à Paris 8 en particulier, est une
occasion rare de politisation du milieu étudiant et de la transformation
des universités en agoras éphémères. Le blocage rend l'un et l'autre
impossible, en créant les conditions pour que la grande majorité des
étudiants, ceux, précisément, qui connaîtraient le plus grand profit à
faire une telle expérience, restent chez eux et perçoivent ce qui se
passe à l'Université et, plus généralement, sur le front des luttes, par
le prisme des médias et de la rumeur publique.
- Ceux qui se font les avocats des procédures expéditives (une
sorte de blanquisme soft) par lesquelles est imposé le blocus de
l'Université, sans qu'aucun effort n'ait été entrepris pour gagner le
milieu à la cause du mouvement, sans que rien n'ait été entrepris pour
transformer l'université en espace de débat politique et de présentation
du conflit, pensent au fond comme Le Figaro et TF1 : ils partent de l'a
priori que le milieu étudiant, en tant que tel, n'a pas vocation à être
politisé, ne supporte pas d'être détourné de ses études et ne peut être
détourné des régularités universitaires que par empêchement et
contrainte. Bref, ils substituent l'activisme minoritaire à l'action
politique, ils ne font pas de politique.
- Je n'ignore rien des usages abjects qui sont faits actuellement
des majorités silencieuses et laborieuses, de l'appel permanent à la
mobilisation du marais qui « veut travailler ». Mais la dénonciation de
cette démagogie n'autorise pas pour autant tous les raccourcis : lorsque
les cheminots et les traminots se réunissent en assemblée générale dépôt
par dépôt, ce sont des majorités physiques qui se dégagent, et qui
rendent possible la grève. Dans le milieu étudiant, au contraire, se
pratique un substitutisme généralisé, rendu possible par la farce des AG
générales qui sont le pôle d'excellence des factions, des agités et des
vétérans de toutes les guerres universitaires. Pourquoi éviter
soigneusement de tenter de mobiliser le milieu en renonçant d'emblée à
organiser, dans l'espace ouvert de l'université, des AG par UFR, par
exemple ?
- Les solutions de facilité et les expédients politiques du type
blocage (dont la marque immédiatement visible est l'instauration d'une
police d'un type nouveau, vouée à filtrer les entrer, les vocations
sont, ici, promptes à s'éveiller) trouvent leur fondement dans
l'absence, pour le mouvement, de tout référent positif. On est contre
la loi LRU, ce qui est la moindre des choses, et, pour le reste, c'est
soit le syndrome de la tête vide, soit le règne des automatismes et des
fantasmagories, des mots d'ordre impensants du type « démocratisation de
l'université » ou « défense des acquis universitaires ». Il y a quelque
chose de pathétique dans cette combinaison qui se constate aujourd'hui,
de l'activisme incandescent et de mots d'ordre rétrogrades agencés
autour de la défense des actuels modes de recrutement des enseignants du
supérieur (les fameuses « commissions de spécialistes ») ou, plus
généralement, de l'actuelle composition d'un système universitaire obèse
et décérébré qui est, précisément, cela même dont nous, qui sommes les
gardiens d'une certaine /idée/ de l'Université, crevons aujourd'hui. Que
leur loi se maintienne ou pas, Pécresse et les siens ont déjà gagné pour
autant qu'ils ont engendré ce mouvement « noniste » dont tout l'esprit
de résistance se résume à une défense et illustration de cet état des
choses universitaire dont le vrai visage est : un processus
d'autodestruction sans fin.
Voyons les choses en face : il n'existe aucune espèce d'accord entre
ceux qui s'opposent à la loi LRU, quant à l'essentiel : l'Université
qu'ils veulent. Le mouvement en cours aurait pu être l'occasion
d'amorcer le débat à ce propos si le désir de faire de la politique
l'avait emporté sur celui d'exhiber le radicalisme. Des images, des
symboles, substitués à des actions. Il ne suffit pas de virer les
équipes de TF1 ; encore faut-il ne pas caler ses propres procédures sur
celles du pouvoir médiatique.

Alain Brossat

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